LE PETIT VOYAGE DE MARINE

+

LE PETIT VOYAGE DE MARINE
Andrea Tardini Gallery
Giudecca 282,
30133 VENEZIA
du 22 février au 6 mars 2015
Coordinatrice principale : Sylvie Blocher marine Huot 3e année à l’Ensapc

SOMMAIRE

MODALITES DE DEPART

LE VOYAGE

Sur l’île de Guidecca, la galerie
La barbe d’Andrea
Comment je suis partie

DEROULEMENT DE L’EXPEDITION

Mes tâches
Bilan de l’aventure

RETOUR EN FRANCE

LES OUVRAGES

LES MERCI

MODALITES DE DEPART

La bougeotte des vacances m’a poussée à trouver un stage à l’étranger. J’avais très envie de partir, sac au dos, à la découverte d’une nouvelle terre. Curieuse de voir comment l’art vit ailleurs, j’ai enfilée mes bottes pour Venise. Là bas, c’est une toute jeune galerie qui m’a accueillie. Si jeune que tout commençait à peine. C’est ce qui me tentait : venir voir grandir un projet, pouvoir y participer, confronter mon point de vue à d’autres, apprendre comment ça roule en Italie. Creuser un peu cette culture voisine de la France. Sur place, mes missions étaient de la traduction et la confection des magazines de l’exposition suivante… mais surtout observer et vivre au rythme de la galerie.
Je voulais rentrer avec les joues rouges, celles qui ont pris l’air de la mer. Et puis revenir avec un sac rempli de rencontres humaines, d’échanges, d’images, savoirs, musique, danse… avoir la ville de Venise dans les jambes, en connaître ses bouts de rues perdues.

LE VOYAGE

SUR L’ILE DE GIUDECCA, LA GALERIE

A 10h pile, je suis devant la galerie Andrea Tardini. La devanture est une immense vitre, derrière laquelle je vois l’entrée de la galerie. En face de la porte vitrée, un canapé blanc sur lequel dort un énorme chien noir. Il y a des toiles abstraites sur les murs très blancs. Le sol est blanc aussi. Et puis un cœur rouge lumineux sur une petite table avec l’affiche de l’exposition. J’ai un peu la trouille de rentrer. Ca ressemble en rien a ce que j’imaginais suite aux échanges par mail. Un white cube. Je respire un grand coup et pousse la porte. Il y a des petites loupiotes au plafond qui éclairent chaque toile. J’entre, timide. Des voix parlent derrière le mur et des pas se rapprochent. Une dame débarque tout sourire : « sei tu marine ? » elle m’invite à la suivre, je passe dans un second espace, avec une installation de tableaux au mur, pour finir dans une ambiance de petit salon : un canapé et une corbeille de fruit sur la table. Andrea, la trentaine bien entamée et une barbe qui cache son cou me prend dans ses bras. C’est le galeriste. La dame, c’est Laura Ginapri, sa commissaire d’exposition. La galerie présente sa première expo « Rosso di sera Amore si spera » de Manuel Carion. Situés sur le bord du canal della Guidecca, quand on regarde dehors, il y a la mer, et juste derrière, Venise. A chaque nouvelle lune, la galerie change d’artiste.

LA BARBE D’ANDREA

Andrea entame à peine sa carrière de galeriste, avant, il était dans le monde du crocodile, à vendre de la peau d’alligator. Les restes de son ancienne vie sont à ses pieds et à sa taille, en chaussures, en ceinture. Il y a deux ans, il a changé de voie, pour devenir végétarien, sans alcool, buveur de thé à longueur de journée, prêt à prendre soin de lui et de son entourage. D’ailleurs, l’un des principes de sa galerie est l’accueil : que les gens viennent se ressourcer au contact de l’art. Que ce soit un lieu d’harmonie, qui entre dans le quotidien, où chacun peut trouver sa place. L’art comme un remède face aux nombreuses fatigues du monde. Il propose un thé à tous les gens qui entrent, les assoit, leurs parle enthousiasmé de l’exposition, de ses idées futures. Son accueil est minutieux, à coups de mandarines, toujours prêtes à être distribuées. Il n’était pas rare que je rentre dans mon logis avec cinq clémentines dans les poches… Il parlait un anglais à l’accent New-Yorkais, avec un humour assez particulier, je prenais toujours un peu de temps avant de réagir… mon accent le faisait beaucoup rire, surtout quand je formulais une phrase en Italien…

COMMENT JE SUIS PARTIE

J’ai choisi de partir dans ce lieu parce que c’était dans une belle ville, une ville où la mer borde les trottoirs. Aussi parce qu’on me proposait un logement, que je connaissais une famille là bas. J’ai découvert la galerie en dialoguant par mail avec Andrea. De nos échanges, j’ai vraiment voulu le rencontrer, apporter un coup de main, voir par moi-même ce dont il parlait. C’est aussi parce que c’est une galerie qui vient de démarrer, qu’elle est jeune et pleine d’envies. J’étais curieuse du milieu artistique vénitien, de vivre avec les marées et d’avoir tous les matins les vents de la mer qui chatouillent le nez.

DEROULEMENT DE L’EXPEDITION

MES TÂCHES

Au tout début, je ne savais ni comment me placer dans l’espace, ni quoi faire. Parce que le lieu m’intimidait, je craignais de trop m’étaler. De prendre trop de place. Il n’y avait que peu de visiteurs, donc peu d’accueil à faire. Je savais qu’Andrea et Laura travaillaient a la confection d’un site web pour la galerie . Du coup, j’essayer d’en écrire la version française, sans savoir ce que contenait la version italienne…. je m’appliquais mais au fur et à mesure, je ne savais plus trop comment m’y prendre pour présenter la galerie.

***

Jusqu’au jour où Andrea reçut une artiste Danoise avec son commissaire d’exposition et que j’ai pu avoir accès à son ordinateur. Dans les fichiers, je trouve la version Italienne de la présentation du blog. La traduction me prend la journée, mais je suis sûre d’écrire ce qui conviendra. L’échange entre l’artiste et le galeriste a lieu en italien, je comprends quelques mots, quelques idées. Vers 11h, je vais leur acheter de l’ananas, une des constantes chez Andrea ; discuter autour d’un fruit. Le midi, je déjeune avec eux. Ça me permet de discuter un peu, en anglais. Andrea est en train de préparer une exposition avec cette artiste, sur une ile aux abord de Venise. L’artiste semble très fragile, avec le corps très maigre, des doigts osseux. Ses yeux bleus me marquent pendant le repas, je les regarde beaucoup, je sens que son travail touche en délicatesse le littoral vénitien.

***

J’ai également écrit un texte pour expliquer l’exposition en cours. Cette dernière, montée en 7 jours, s’appuyait sur la célébration de la St Valentin. Pour bien comprendre ce que me disait Laura, je suis allée voir une autre des exposition qu’elle a organisée, et en m’appuyant sur le livre : Gianni Galassi “elogio della luce” vision del razionalismo italiano edité par the Wilmotte Foundation, j’ai mieux compris son accrochage, sa façon de travailler. On a donc fait la traduction du texte sur « Rosso si sera Amor di spera » en français ensemble.

***

J’ai aussi prêté mes bras costauds pour porter des toiles, de l’atelier de l’artiste Manuel jusqu’à la galerie, pour compléter l’exposition. Cela m’a permit d’assister à l’accrochage de quelques toiles. Avec Laura, on a cherché plusieurs combines d’accrochage pour un mur. J’ai retrouvé des problématiques que l’on aborde souvent à l’école telle que : comment placer une toile sans qu’elle absorbe toutes les autres ? est-ce mieux d’en mettre plusieurs ? faut-il rester avec des tableaux dans les mêmes tonalités ? …. une fois finalisé, on a réactualisé le plan de l’exposition, avec le prix des toiles sur une feuille. Ça m’a remis en tête que l’art, c’est cher. J’ai eu un peu de mal à l’accepter. Parce que ça me semblait beaucoup trop. J’en ai discutée un peu avec Andrea, qui conclu par un « we try ! »

***

Il y a eut des jours de vide. Où personne ne rentrait visiter, et pas de travail pour moi, c’était la saison creuse… alors j’occupais le temps : je m’appliquais a bien retirer mon manteau, a poser mes affaires, à aligner les piles de livres, à me décoiffer, à tirer sur le col de mon pull. Puis j’épluchais une mandarine, caressais Patu, le chien, souriais aux passants.

***

Une de mes missions consistait à préparer les livres de l’exposition suivante. Reliés a Murano, c’étaient de beaux ouvrages avec une couverture recouverte de tissu bleu foncé et des pages cartonnées noires. Chaque livre devait contenir 25 photos des tableaux de Orion Shima, classées dans un ordre précis. Chaque œuvre devait être parfaitement centrée, puis collée. J’ai réalisé une quinzaine de ces ouvrages. C’était chouette, ça me permettait de connaître les prochaines œuvres exposées, et j’aidais ainsi concrètement… ce fut aussi l’occasion pour moi d’en apprendre un peu plus sur l’artiste, j’ai ainsi lu des extraits de Orion shima “sopravvivenza delle immagini – survival of the images” édité par Arturo calzona et Orion Shima “the deer and the nostalgia for nature” livre d’artiste. Ouvrage tiré de la petite bibliothèque de la galerie.

Je faisais rarement visiter la galerie, souvent, d’un sourire, j’invitais les gens à entrer, puis Andrea venait leur parler… mais cette fois ci, une étudiante en art fascinée par le gros chien se décida a entrer. Je lui fit donc faire le tour de la galerie, des toiles, avec la présentation générale du lieu, exactement comme le fait habituellement Andrea, mais en Anglais. Ensuite, pour continuer à discuter, Andrea nous a envoyé promener son chien, on a alors presque fait un tour de l’île.

***

J’ai eu également beaucoup de temps pour observer Andrea, en effet, ne parlant pas Italien, il était compliqué pour moi d’intervenir, du coup, je suivais ses gestes avec attention, pour comprendre ce qu’il faisait… souvent, je sentais quand un coup de fil était important, il s’asseyait, appuyait sur son front son index, se grattait sa barbe… parfois même, juste au « pronto » je savais pour combien de temps ca allait durer. Il accueillait les gens toujours en toute simplicité, proposant un fruit ou un thé. J’ai aussi compris comment il jonglait entre l’exposition du moment et les prochaines. Quelques jours avant mon départ, il entamait des recherches pour celle qui viendrait dans deux lunes. Une artiste française : Christelle Labourgade, peintre ayant vécu à Guidecca.
Lorsque que je ne comprenais pas quelque chose, Andrea prenait le temps de s’arrêter, de contextualiser la situation, pour me permettre de suivre son travail, ses conversations. Il était d’ailleurs très soucieux de me faire vivre une expérience culturelle typiquement vénitienne : « you are here only for two weeks, you have to visit !  » et me laissait du temps libre pour parcourir musées et galeries…. Parfois il m’emmenait à des concerts, effrayé à l’idée que je danse dans la rue…

BILAN DE L’AVENTURE

Ce fut une expédition riche en découvertes :
J’ai appris a mieux trouver ma place dans un lieu que je ne connais pas, où l’on cause des langues que je ne maitrise pas, à me sentir utile, à aider pour des choses qui semblent infimes, mais permettent de faire tourner l’usine. J’ai acceptée la notion du temps à la vénitienne, avec ses nombreux cafés et moments de contemplation sur les couleurs des paysages. J’ai compris quelles types de gestuelles adopter en fonction de ce qu’on me demande, de ce que je comprend. En mettant de coté ma timidité, j’ai compris que prendre un café est une pause nécessaire en Italie, j’ai ainsi bu beaucoup de thé, en essayant de le boire aussi vite que si cela avait été un capuccino…
Faire partie d’une équipe m’a enseigné que même avec mes petites aptitudes, je pouvais me rendre utile. Cette petite aventure m’a ouvert les portes de Venise, où le soir, je travaillais pour moi, à arpenter les rues, à écrire dans les petits cafés, à laisser balloter mes pieds au bord de l’eau. Ça m’a permis d’être ailleurs, tout en restant dans une énergie de boulot. Et puis la nuit, quand le temps était calme, je partais danser au fond des ruelles, parce que la ville était belle.

RETOUR EN FRANCE

Le voyage s’est bien passé. Malgré les appréhensions du début, il m’a permis de rencontrer des gens, de marcher en bottes dans une Venise acqua alta, de découvrir des artistes italiens. Je suis revenue de mon aventure vénitienne avec un nouveau sens de l’accueil, une vision plus aiguisé de ce que je souhaite faire, une opinion plus précise de comment je veux travailler plus tard et 2kg de Parmigiano dans les poches…
Cette expérience en galerie, m’a démontré que je n’aime pas trop nager dans ce milieu, mais que l’on peut y rencontrer de bonnes personnes. C’est d’ailleurs pour cette raison, que de loin, je continue à effectuer quelques tâches pour la galerie Andrea Tardini. Je suis curieuse de voir jusqu’où ce projet aboutira et souhaite encore y prêter main forte.

LES OUVRAGES

Orion shima “sopravvivenza delle immagini – survival of the images”
Edite par Arturo calzona
Orion Shima “the deer and the nostalgia for nature” livre d artiste
Gianni Galassi “elogio della luce” vision del razionalismo italiano édité by the Wilmotte Foundation

LES MERCI

Merci à Andrea Tardini pour son acceuil et ses nombreux thés
Merci à Julia Curtis pour le logis et à Cornélia, sa fille pour les leçons d’italiens
Merci à Laura Ginapri, pour l’aide à la traduction
Merci à ilies, pour le moral